La Havane

Vivre ma ville : La Havane

Valérie Collet est journaliste indépendante et critique d’art, basée à Paris. Elle a effectué son premier voyage à La Havane en 2000. Séduite par Cuba et ses habitants, elle y retourne régulièrement depuis. Elle est l’auteure du guide Portraits de La Havane paru en 2017 aux éditions Hikari. Entretien.

Racontez-nous vos premières expériences de Cuba et La Havane…

Je me suis rendue à La Havane pour la première fois en 2000 afin de préparer une exposition d’artistes cubains à Paris. J’ai écumé tous les ateliers de la ville et j’ai découvert des artistes passionnants. Leurs œuvres reflétaient la situation catastrophique que traversait ce pays à cette époque, en utilisant la parabole : un artiste ne pouvait pas s’exprimer librement. C’était une époque que je qualifierai de paradoxale: d’un côté, il y avait un foisonnement artistique incroyable et de l’autre, une misère sociale importante. En 1989, à la chute du bloc soviétique, les importations en provenance de l’ex-URSS avaient cessé laissant Cuba dans une situation dramatique économiquement. Sans compter les conséquences de l’embargo imposé par les Américains depuis 1962.

Pour ma part, j’ai rencontré des gens extraordinaires. Ma première expérience, très forte, m’a beaucoup rapprochée de la société cubaine. Les Cubains sont pauvres mais dégagent une joie de vivre incroyable. Ils luttent la tête haute. Je les admire pour cela. Ils ont pour eux la musique, la danse et le soleil. Mais ils sont surtout très attachants.

Le tourisme est le principal moteur économique du pays : 4 millions de visiteurs étrangers se sont rendus à Cuba en 2016, 13 % de plus qu’en 2015. Quels ont été les changements survenus après le « réchauffement » avec les Etats-Unis ?

Attention, l’embargo économique américain reste toujours officiellement en place. Barack Obama avait amorcé une politique de rapprochement mais Donald Trump a fait, lui, un pas en arrière. Cuba a donc été très présent dans les médias dernièrement et on a pu croire que le changement était très rapide. En réalité, il est encore très lent. Mais à son arrivée, Raul Castro a lancé quelques réformes importantes dont l’autorisation de l’auto-entrepreneuriat pour une centaine de métiers dont la majorité sont liés au tourisme : taxis, hôtellerie, chambres chez l’habitant, restaurants. Ces jeunes entrepreneurs s’appellent les cuenta propista. On a vu, par exemple, apparaître des boutiques de souvenirs dans la rue Obispo de La Havane.

Quels sont les « incontournables » de La Havane, selon vous ?

Rappelons que la capitale cubaine est une ville très étendue de 15 quartiers ou municipalités, avec 2,4 millions d’habitants. Il faut arpenter les rues de la vieille ville, très vaste, et admirer ses bâtiments anciens qui datent des 17e, 18e et 19e siècles. Ce n’est pas une ville musée. La vieille Havane est habitée, elle vit de jour comme de nuit. Vous constaterez malheureusement l’état de décrépitude des logements personnels.

Je vous conseille de visiter le musée d’art colonial sur la place de la Cathédrale. Il est petit mais a son importance pour comprendre l’histoire de Cuba. Il est organisé autour d’un patio avec un jardin et abrite des meubles anciens de toute beauté, des 17e et 18e siècles, ainsi que des objets d’art comme des porcelaines de Sèvre.

J’invite également les visiteurs à se balader sur le Malecon, la promenade de bord de mer de 7 km, très emblématique de l’histoire de La Havane. On y découvre toute la vie sociale de la cité ; des familles viennent y pique-niquer, des amis se retrouvent pour boire quelques verres de rhum…

N’hésitez pas à louer une voiture ancienne, ces véhicules décapotables emblématiques de La Havane, au pied du théâtre national. Le chauffeur vous conduira dans la vieille ville, sur le Malecon jusqu’au quartier résidentiel plus contemporain du Vedado où vivent les Cubains les plus aisés.

Quels conseils donneriez-vous aux visiteurs ?

Le seul conseil que je donne est de ne jamais parler politique avec les Cubains, en aucun cas dans un lieu public. Cela les mettrait très mal à l’aise, vous les placeriez dans une situation très délicate.

Donnez-nous quelques-unes de vos adresses préférées…

Si vous souhaitez boire un verre en écoutant de la bonne musique cubaine, la Cerveceria est l’endroit idéal, sur la plaza Vieja, la plus belle place de la vieille ville. En plein air, des musiciens jouent chaque soir. Les week-ends, vous y verrez les Imagen Son, un groupe exclusivement féminin, dont la « chef » est percussionniste. El Del Frente, sur la calle O’Reilly, est l’un de mes restaurants favoris. Il sert des cocktails énormes, de vrais desserts ! Vous dégusterez des plats de viande et de poissons accompagnés de légumes grillés et d’une sauce pimentée maison, ainsi qu’un bon « ceviche » à la cubaine.

Pour une visite hors des sentiers battus, je conseille le musée des Orishas, (Asociacion cultural Yoruba de Cuba). C’est à la fois un musée et un temple de la santeria (religion afro-cubaine très pratiquée à Cuba); dans un décor désuet et très poussiéreux, tous les dieux y sont présentés sous forme de grandes sculptures en terre, avec chacune leur histoire aussi compliquée que celle des dieux de l’Olympe! Au rez-de chaussée, s’y donnent, en général le samedi, des spectacles endiablés avec percussionnistes et danseurs de cette même religion.

Recueilli par Sabrina ROUILLÉ

Portraits de La Havane - Éditions Hiraki

Retrouvez le guide Portraits de la Havane sur le site des éditions Hikari

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